Et la coalition contre le virus Lassa s’élargit
La Salle de Conférences du ministère de la santé à Cotonou est le témoin muet, ce vendredi 4 janvier 2019, d’un événement de valeur lié à un sujet d’importance malheureuse: la rencontre du patron des lieux avec les cultes religieux à propos du virus de Lassa.
Entouré de ses collaborateurs et membres de son cabinet, le Professeur Benjamin I. B. Hounkpatin a tenu le pari de la concertation qui responsabilise. Il aura réussi à rallier à sa cause de nouveaux partenaires pour l’assaut final à donner à l’épidémie de la fièvre hémorragique à virus Lassa. De l’avis d’un spécialiste en mobilisation sociale et communication de masse, membre du Comité National de Crise Sanitaire (CNCS), «après les précautions sanitaires préventives mises en place sur l’ensemble du territoire national, il fallait associer, entre autres, les dignitaires religieux et solliciter leur concours dans le combat qui fait rage contre ce virus dangereux». Et le Professeur Benjamin I. B. Hounkpatin l’a si bien perçu qu’il réédite une démarche entreprise, il y a peu. «L’objectif ultime est de mobiliser les groupes sociaux qui ont vocation à drainer du monde, sans les stigmatiser, mais dans un esprit d’échanges et de mise en commun des stratégies de lutte».
Le 14 décembre 2018, soit à dix jours du déferlement, sur la plage du site du pèlerinage des fidèles de l’Eglise du Christianisme céleste à Sèmè, le ministre de la santé s’y était rendu accompagné du préfet du département de l’Ouémé, pour y sensibiliser les notables de l’église et s’enquérir des dispositions pratiques en cours de la part des structures sous sa tutelle, eu égard à une certaine feuille de route préalablement établie par le CNCS.
Dans le sens de l’application des pratiques d’hygiène
A l’époque, les organisateurs dudit pèlerinage avaient annoncé le million d’âmes qui y seraient attendues. En vérité, il y en avait eu plus, venues d’horizons et de contextes sanitaires différents. Le risque d’une catastrophe épidémique était alors redouté. Mais la mobilisation concertée et la bonne activation du dispositif de riposte aidant, le virus n’a pu trouver en ces lieux le terrain de prédilection qu’il semblait rechercher. Au finish, aucun cas n’est détecté lors de ce regroupement humain de grande envergure.
Fort de ce succès, pourrait-on dire, le ministre Hounkpatin dont le leadership est avéré, initie à nouveau l’opération qu’il élargit à tous les ordres spirituels.
A la rencontre du vendredi 4 janvier 2019, il fait part du chemin parcouru, depuis le 7 décembre 2018, par ses services ainsi que par le gouvernement qui est fortement impliqué à la gestion de la crise induite par Lassa. Et sans oublier l’objet de son invitation, il évoque ce qui est attendu des grands tribuns qu’il a en face et fait remarquer que «dans les toutes prochaines semaines, certaines de vos congrégations auront à exposer, sans le vouloir, nos populations aux affres de l’épidémie, si rien n’est fait pour préparer les fidèles aux bonnes pratiques d’hygiène et de prévention contre le fléau».
Des rites d’exorcisme pour conjurer le mauvais sort
Les bonnes pratiques dont il parle sont préconisées par les instances sanitaires internationales. Elles n’ont pas varié et se résument au lavage des mains à l’eau et au savon, aux salutations sans serrage des mains, à la non consommation de la viande de brousse notamment les rats, au stockage des restes d’aliments en lieux sûrs et hors de portée des souris…
Suite à son exposé, des questions d’éclaircissement fusent. Le ministre donne des réponses qui satisfont visiblement les attentes. Des engagements sont pris. Des chrétiens aux musulmans, en passant par les adeptes des cultes endogènes, les langues se délient pour dire de quelle manière chacun entend prendre sa part du combat, notamment quant à la sensibilisation des communautés. Il est même advenu qu’une prêtresse du voodun sollicite le concours du gouvernement, par le biais du ministre de la santé, en vue de l’«organisation de rites sacrificiels d’exorcisme pour conjurer ce mauvais sort qui plane sur le Bénin». Loin de se sentir embarrassé, le Professeur Benjamin I. B. Hounkpatin, qu’on sait être cartésien, dit en avoir pris bonne note. Sans commentaire, il met un terme à la séance et enchaîne aussitôt avec son point de presse hebdomadaire, narre aux médias l’évolution de l’épidémie à la date de ce 4 janvier 2019, pendant que les dignitaires religieux, eux, tapissaient le décor de cette seconde activité au menu de l’agenda de travail ministériel. Et à écouter certains accorder une interview aux journalistes, on a la confirmation qu’ils étaient bien en phase avec la démarche du ministre de la santé, leur hôte à recevoir.
PFCOM-DIRCOM-PR/MS